Friends, Netflix, SWJ et grand n’importe quoi.

http://www.slate.fr/story/156290/serie-friends-sexiste-homophobe-grossophobe?

Je lis cette tribune (j’ai vraiment ressenti ceci en tribune plutôt qu’en article), et je m’interroge.
Que s’est-il passé ?

A quel moment est-on passé d’un militantisme positif, pour le respect des uns et des autres, à un acharnement permanent et bête contre tout ce qui nous entoure, sans aucun second degré, incarnant à la perfection le cliché du « Social Justice Warrior » ?

J’aimerais vous partager my two pence, pour ceux que ça intéresse bien sûr, et je serais heureuse de partager vos réactions sur le sujet.

Revenons sur les points qui sont donc abordés , personnage par personnage.

-Reproche n°1 : Ross est homophobe et macho.
OUI. Ross est un personnage détestable. Enfant gâté, capricieux, possessif, jaloux, prétentieux, radin, conservateur, traditionnaliste.
IL EST INFECT. C’est une caricature de gosse de riche qui a réussi. C’est UNE CARICATURE, et tous ces traits de caractères sont ridiculisés en permanence par ses amis et sa soeur qui ne manquent jamais de lui répéter à quel point il a tort d’avoir peur que son fils soit elevé par un couple de lesbiennes, que sa copine PARLE à d’autres hommes, que sa copine, « simple serveuse » ne soit « pas assez bien » pour lui…

A la limite, le vrai reproche à faire à la série serait que Ross et Rachel finissent ensemble, alors qu’effectivement ce mec est un épouvantable connard. Voilà bien une fin de romance hyper décevante, et là, je veux bien accepter l’argument de série sexiste ou du moins qui ne vole pas haut : devenue indépendante et bien plus intéressante qu’elle ne l’était au début, Rachel mérite bien mieux que Ross.

Sexisme donc, le perso le plus macho n’est pas Joey, le womanizer (qui est justement caricatural et qui finit par rechercher des relations sérieuses), c’est bien Ross, gros con possessif incapable de supporter la vie active de sa future femme,ses collègues, ses amis, et qu’un homme soit baby-sitter. Ca le rend ridicule et c’est une très bonne chose.

Mais c’est pas tout. Le personnage de Phoebe, l’artiste givrée, est intéressante pour un détail. Elle sort avec énormément d’hommes, et personne dans son entourage, même pas ce trouduc de Ross (oui, je le hais), ne lui en fait le reproche. Marrante, sympa, Phoebe est libérée. Ce n’est pas « la salope » de la série, c’est la fille qui s’en fout. Là où Joey pécho et largue les nanas à tour de bras (ce que lui reprochent ses amies et le fout régulièrement dans des situations bien merdiques), Phoebe s’amuse sans remise en question.

Je n’oserais pas crier à la révolution, car elle n’en reste pas moins le perso « dingue », celle à qui on n’a pas forcément envie de ressembler, mais au moins on sort des croqueuses d’hommes de Côte Ouest ou Melrose Place. Pour l’époque, si je me souviens de mon début d’adolescence, c’était très très rare, voire inexistant, une fille cool qui a plein de mecs.

Reproche n°2 :  Chandler est homophobe. Oui alors bon. C’est une sitcom, donc évidemment niveau finesse vous pouvez oublier. Mais reprenons le pitch : Chandler est un homme perturbé car son père est travesti/transgenre (la série n’est pas très claire à ce sujet, prouvant une certaine méconnaissance du sujet) et meneuse de revue à Vegas et s’est enfui avec leur jeune cuistot, alors que sa mère est une écrivaine de livres érotiques. Tout le personnage est basé sur le fait que son éducation très différente de la plupart des enfants en matière de séduction et de sexe en ont fait un homme peu sûr de lui, qui se cache derrière l’humour pour ne pas se laisser approcher, et a terriblement peur de passer pour gay.
Pas finaud, ça, je peux l’entendre. Mais c’est l’écriture du personnage, c’est aussi ce qui permet de le développer. Lors des apparitions de son père, personnage étonnamment émouvant, et qu’on voit bien trop peu, ce sont justement les homophobes (le père de Ross et Monica le premier, quand il prend la mère de Chandler pour son père), qui sont ridiculisés. Chandler finit même par revenir sur ses vieux griefs et se réconcilier (ouh la guimauve dégoulinante) avec son père, se rendant compte qu’en tant qu’adulte, il ne tient plus à juger ses choix de vie.

Le couple Carol et Susan n’est jamais ridicule. En femmes actives et amoureuses, elles vivent leur vie de façon épanouie et positive, c’est toujours Ross, qui vient chercher son fils chez elles et ne cesse de les critiquer, qui est grotesque et minable.  Dites-moi si je me goure, mais des couples de lesbiennes heureuses et saines,  élevant un enfant, j’en voyais pas trop d’autres à l’époque ? On est (heureusement) bien loin de 7 à la maison et de sa morale religieuse pépouze à l’heure du goûter. (Idem pour Walker Texas Ranger, où j’avais eu la surprise de voir UN MIRACLE DU CIEL. Okay. Tranquille.)

Reproche n°3 : la série est raciste.
Alors là… je ne saurais pas dire. Malheureusement pas plus qu’une autre, j’en ai peur.

Je ne connais pas les US des années 90, je n’y étais pas, mais il me semble que les séries de l’époque étaient Blanches, rarement autrement, voire entièrement juives (Seinfeld ou Nounou d’Enfer). Ce qui est lamentable.
Chez Friends, il y a Julie, il y a Charlie, et puis surtout il y a un peu de mixité religieuse.
Il y a les vannes Noël / Hannoukkah. Il y a un peu de mélange. Pas beaucoup, certes. C’est timide, tout ça, c’est un peu gentillet.
Clairement la série n’a pas été progressiste de ce côté-là.

Mais si on veut parler discrimination… C’est plutôt quant à  la mixité sociale que je me marre. Evidemment on justifie le fait que Monica ait un super appart à Manhattan grâce à sa grand-mère alors qu’elle n’a pas un rond, et les mecs vivent en coloc. Mais bon, ils sont effectivement tous blancs de bonne famille et riches.
C’est cette discrimination-là, la discrimination sociale, la plus prégnante de toutes.
D’ailleurs, seule Phoebe, fille de hippies, ne vit pas dans le même quartier, faute de moyens.
Voilà un point malheureusement crispant.

Reproche n°4 :  la grossophobie.
C’est vrai, Monica était grosse, et les scènes où on la voit la rendent assez ridicule. C’est peut-être cette critique la plus sensée et la plus vraie.
Ceci dit, je trouve quand même que le reproche est poussé un peu loin, ou au contraire, l’analyse pas assez poussée…  En effet , Monica finit par avouer que c’est uniquement pour plaire à Chandler qu’elle a maigri, et tous sont assez choqués (même si c’est probablement hypocrite) qu’elle ait fait tant d’efforts pour quelqu’un d’autre que pour elle-même. Du coup, plusieurs épisodes sont consacrés à raconter combien elle souffrait de son surpoids (et du regard horrible de sa mère).
Alors c’est vrai, Monica est un personnage profondément triste en tant qu’ex-obèse régulièrement perturbée par la bouffe.

Mais je ne sais pas si c’est vraiment elle qui est ridicule, ou plutôt les garçons qui n’auraient pas voulu d’elle juste à cause de son poids, ou le regard mauvais de certains de ses proches.
D’ailleurs, Rachel, « la fille populaire », ne critique jamais sa meilleure copine là-dessus. ce qui la distancie pas mal du cliché qu’elle est censée incarner, la « belle » fille aux tas de copines-suiveuses.

Quand je revois Friends aujourd’hui, je me rends compte à quel point la série est datée, et franchement pas intelligente.

Mais je trouve la série bien plus positive que d’autres de l’époque, voire que d’autres plus récentes. J’aime le fait que Rachel doive faire un boulot de serveuse pour ne plus dépendre de ses parents blindés de fric, et que son entourage complet la renie. J’aime le fait que Chandler doive accepter des stages non payés pour progresser professionnellement. J’aime le fait que Ross soit vraiment affiché comme un personnage assez négatif, alors que son pendant Ted dans « How I met your Mother », est décrit avec beaucoup plus de complaisance dans son rôle de nice guy pleurnichard régulièrement à la limite du harcèlement.

D’ailleurs, vous voulez vraiment parler de séries blanches ?
Quinze ans plus tard, dans un pauvre plagiat, rien n’a évolué.
Barney Stinson n’a rien à envier à Joey en matière de finesse de drague.
Le couple Lily/Marsh est à peu près calqué sur le couple Monica/Chandler. Sauf qu’en plus, elle claque tout le fric de son mec.
La discrimination sociale est encore plus marquée, les amis de Ted se foutant régulièrement de lui quand il sort avec une fille d’un autre milieu social que le leur.
PAS UN personnage qui soit autre chose que blanc et friqué.

Je déplore que finalement, 20 ans plus tard, les sitcom qui cartonnent ne soient bien souvent pas beaucoup plus intelligentes que Friends. Sincèrement, j’aimerais en voir de meilleures.

Mais est-il vraiment nécessaire de charger sabre au clair une vieille production qui avait pourtant quelques mérites, à une époque où les TV nous diffusaient Alerte à Malibu et autres Beverly Hills, temples du sexisme crasse, et sans aucune autre visibilité que des blancs cis et roulant sur les dollars ?

Pourquoi ne retenons-nous pas les personnages intéressants et sympa qui apparaissaient enfin sur nos écrans ?
Team Carol et Susan forever !  Aux chiottes, Ross !

Allez, je m’en vais me faire un cappucino.

Amour et tentacules !

2 commentaires sur “Friends, Netflix, SWJ et grand n’importe quoi.

  1. Je suis arrivé ici par hasard, et je trouve ton avis pertinent. J’étais passé à côté de cette mini polémique et ça ne m’avait pas manqué.

    Je n’ai jamais été fan de Friends, mais il faut remettre la série dans un contexte différent : celui de sa diffusion originale. 20 ans se sont écoulés, les mentalités ont changés, certes pas encore assez, mais c’est un début. Et donc, on regarde aujourd’hui cette série au travers d’un nouveau prisme, plus critique sur le comportement, les rapports aux autres. C’est donc une bonne nouvelle qu’on lui reproche ses défauts.

    Par contre il ne faut pas tomber dans le dénigrement à outrance, Friends reste une comédie légère mais qui a mal vieilli sur certains aspects.

    Aimé par 1 personne

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