Moment Popcorn – Only Lovers Left Alive (2014)

Eve vit à Tanger, dans les petites rues de la vieille ville. Elle accumule les livres en toutes langues, s’habille de blanc, et cultive un style 70’s suranné. Elle semble évoluer dans une ambiance lourde d’encens, de patchouli et de philosophie hippie. Elle danse au ralenti dans sa chambre à baldaquin, entre voilages et tapisseries.

Adam vit à Detroit, dans un manoir abandonné. Il y stocke des monceaux d’instruments de musique de toutes époques, compose un rock psychédélique et cultive sa dépression d’artiste maudit. Il traîne en peignoir de velours, ne trouvant un plaisir éphémère qu’à l’achat de chaque nouvelle guitare de luxe. Blasé par la vanité humaine, Adam rêve parfois de mourir.

Tous deux vivent dans le noir, rideaux fermés. Adam et Eve sont des vampires.
Elle se procure du sang en douce dans un bar du souk, il soudoie le personnel hospitalier.
Ils s’aiment à distance, et vivent une vie trop longue et trop lente, depuis tant de siècles.

Quand ils se retrouvent enfin, Eve craignant les pulsions suicidaires d’Adam, ils vivent un court moment d’harmonie parfaite avant d’avoir à gérer l’impulsive et puérile soeur d’Eve, Ava.

Only Lovers Left Alive est un film lent et lourd. 123 minutes d’images sombres, peu de dialogue et peu d’action. Les fans de Blade et de Underworld risquent d’être perturbés par ce film d’esthètes, délicat et dépressif comme une vie de 500 ans.

Soyons clairs : c’est un film où il ne se passe rien.

On suit deux chemins croisés, entrelacés amoureusement, avec anxiété, profondeur, humour même, on laisse le son des guitares s’enrouler autour d’une photographie parfaite, on est subjugué par l’intensité et la bizarrerie naturelle de Tilda Swinton et la fragilité à fleur de peau de Tom Hiddleston.
On se laisse toucher par la vision désespérée de ces surhumains, voyant les crises et les guerres détruire petit à petit l’oeuvre humaine, voyant au cours des siècles de grands scientifiques décriés, oubliés, assistant impuissants à la décadence infinie des sociétés successives.
Tanger sombre et riche, Detroit dévasté et squelettique, les villes collent à la peau des personnages.

La musique, pesante et complexe, alanguit encore l’image poudrée, alourdie comme une fumerie d’opium. Une excellente bande-son signée du groupe Sqürl et du luthiste hollandais Jozef Van Wissem.

Ce film montre lce que serait la « réalité » des vampires sans doute bien plus que les films d’action du genre. En effet, quel plaisir aurait-on à vivre éternellement ? Là où Eve en profite pour toujours lire, se délecter de poésie ou de romans, Adam se désespère d’une humanité si cruelle qu’elle est capable de détruire un homme avant de l’encenser pendant des siècles. La scène où il montre l’Opéra de Detroit, ravagé par les années, et transformé en parking, est poignante.

Note finale : 10/10
Un film magnifique, très riche de sens si l’on arrive à passer outre le rythme extrêmement lent.
Je le comparerais à « Lords of Salem » de Rob Zombie, pour l’ambiance poussiéreuse d’un dimanche de Novembre et pour la bande-son décalée, obsessionnelle et perturbante.

Un film-ovni que tout amoureux des vampires se doit de voir, avec un bon cigare et un verre de whisky hors d’âge.

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