Moment Popcorn – Victor Frankenstein (2015)

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Un scientifique fou essaie de créer la vie de façon artificielle à partir de cadavres réanimés par l’électricité, secondé par un assistant bossu, Igor.
Et c’est comme ça depuis le bouquin (1818) et le premier film (1910, quand même…)Ca commence avec un « Vous connaissez l’histoire ». Ah bah oui hein, du coup.
En ce moment, on n’est pas à un remake près. Alors que donne celui-ci ?

La première surprise est le lieu. Frankenstein, comme son nom l’indique ou presque, est Suisse. L’histoire est en général placée dans les montagnes, dans un château flippant de la Forêt Noire (oui bon Suisse, Allemagne, c’est pareil non ? Chez Hollywood en tout cas, pas de problème).

Transférer Frankenstein dans une usine en pleine révolution industrielle Londonienne est un choix audacieux. Un choix esthétique intéressant si je veux être indulgente, un choix à la mode-par ici les pépéttes ! si je veux être dure. Depuis Sherlock Holmes et consorts, le steampunk est à la mode, tout le monde à Londres – et mettez des engrenages, les mecs ! Plein !

Moui bon bref. Frankenstein est jeune, beau (mais ne sent pas le sable chaud, plutôt le cadavre froid) et squatte une usine désaffectée en plein Londres. Un soir, alors qu’il parcourt les bas quartiers pour choper des bouts d’animaux morts, il fait la rencontre fortuite d’un jeune bossu sans nom, génie de la médecine mais souffre-douleur d’un cirque mal famé. Il récupère le sauvageon, bien plus pour profiter de son talent que par bonté d’âme.

Pourchassés par un inspecteur de Scotland Yard illuminé et rageux, ils finissent par faire leur Prométhée au fin fond de l’Ecosse.

Ce film aurait à priori tout pour plaire, mais la sauce manque cruellement de matière, et ne prend pas.

On patauge un peu, on sent la peur du PEGI 12 empêcher farouchement les auteurs de se lâcher. On reste dans un carcan consensuel quand on touche pourtant à l’un des plus gros tabous de l’humanité : réveiller les morts !

James McAvoy est juste dans sa folie enthousiaste. Il entre à la perfection dans son personnage torturé, changeant, obsessionnel. Daniel Radcliffe, en chien fidèle, perdu dans un monde qu’il découvre à peine et dévoré par la peur et la reconnaissance, est également dans les clous. Ils sont irréprochables.

Ca attaque fort, par l’opération à vif du malheureux bossu, on se dit ha ben cool ça va saigner un peu. Puis… non. Le singe Gordon, premier essai raté de Prométhée, n’est pas assez sale, pas assez violent, pas assez flippant. Les rares scènes violentes sont très courtes, on ne peut absolument pas parler ici de film d’horreur, mais simplement de fantastique light.

Certains vides sont insupportables : comment Frankenstein s’est-il procuré les morceaux de Prométhée ? Toute la fabrication du personnage, qui devraient pourtant être au coeur du film, est floutée dans une superbe ellipse temporelle. Pourquoi ? Par peur du gore ? Du malsain ?
Mais purée de purée, quand on fait ce genre de film, on DOIT être gore et malsain. On veut voir ouvrir les tombes à la lanterne, cambrioler les hôpitaux, soudoyer des croque-morts dégueulasses.
C’est l’âme même de ce sujet, on l’attendait le coeur battant, et puis rien…

La fin est une déception.
Prométhée lui-même est un peu trop lisse, trop mou, on le voit 5 minutes et c’est plié.
On élimine tellement vite tous les problèmes, on sent un énorme rush vers le happy end pour qu’on ne puisse surtout pas avoir le temps de se sentir trop mal à l’aise après le massacre complet des figurants et de l’inspecteur susdit. (bien fait pour sa pomme, au passage).

D’ailleurs, ce personnage est pour moi un mystére.
Malgré son potentiel extraordinaire (un fou de Dieu contre les impies ! Une chasse aux sorcières en plein Londres !), il est lui aussi survolé. J’ai eu l’impression qu’il n’existait que pour justifier un contexte : Vous voyez, les enfants, le monsieur il est pas content que Frankenstein veuille réveiller les morts car à l’époque on rigolait pas avec ça, ni avec Dieu, m’voyez.

Alors que je m’attendais à une réelle montée en puissance de sa folie furieuse et à une confrontation finale ultraviolente et mystique, je suis encore une fois restée sur ma faim.

Vous allez encore me dire que je dis ça à toutes mes chroniques, mais merde, il s’en est fallu de peu pour qu’on ait vraiment un beau film… Un cas typique des années 2000 : à vouloir plaire à tout le monde on finit par faire du fadasse. Quel dommage, mais quel dommage !

Note finale : 5/10

Une jolie brochette d’acteur connus et talentueux, des décors chiadés, des méchants chic et choc, que fallait-il de plus pour faire de ce Frankenstein un charmant renouveau du classique ?
Un peu d’audace, peut-être…
D’une histoire qui devrait faire frissonner jusqu’au fond de votre âme, Paul McGuigan signe un film sympa, mais sans surprise.

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