Mercredi Popcorn – Lords of Salem


Lords of Salem, 2013.
Un film de Rob Zombie, avec Sheri Moon Zombie dans le rôle principal.
Horreur/fantastique.

Heidi est la dj-star d’une radio metal locale de la célèbre ville de Salem.
Avec ses deux acolytes, elle passe des disques expérimentaux et vit une vie décalée, entre joyeuse picole et promenades avec son chien dans la lumière morne de ce triste bled.

Un jour, elle reçoit le vinyle du mystérieux groupe « Lords of Salem ». Au son de cette étrange litanie, le cauchemar commence. La malédiction vengeresse des sorcières est en marche.

Pour commencer, il faut connaître le cinéma de Rob Zombie.
D’ordinaire trash et jubilatoire, il a revu les classiques « Halloween » en en faisant des remakes honorables et sanglants. Il a réalisé ses propres créations « La maison des 1000 morts » et « The Devil’s Reject », slashers délirants proches de « Massacre à la Tronçonneuse ». Il a créé le dessin animé « El Superbeasto », mettant en scène un Luchador dément. 
Bref, dans ses films précédents, on trouve un cocktail de violence et de second degré qui promettent une grosse marrade, pour peu que l’on soit fan de Tarantino et Rodriguez, ou de toute production mêlant sang et jolies femelles en jeans trop serrés.

Lords Of Salem tranche beaucoup avec ses films précédents.
Plus lent, plus calme, plus profond, ce film s’inscrit plus dans l’angoisse que dans l’horreur.
Bien sûr, les scènes flashback de tortures et de sabbats de sorcières sont crues et brutes, bien sûr, ça saigne et ça agresse visuellement. J’en profite pour noter que ce n’est pas souvent que l’on filme avec une telle crudité le corps des femmes, et cela m’a plu. Oui, ces sorcières sont vieilles et décharnées, et oui, elles sont nues. Beaucoup de spectateurs s’en sont plaints, mais en ce qui me concerne, j’ai apprécié de voir enfin un peu de réalisme, et que les corps ne soient pas doublés. Bah oui, un sabbat de sorcières, c’est pas un défilé Victoria’s Secret, les mecs.

Malgré pas mal de sang (faut pas déconner), je ne retire pas de ce film une impression de violence. L’action principale se base sur la psychologie du personnage de Heidi, qui se sent comme envoûtée par la musique étrange qu’elle entend de plus en plus, même dans sa tête. Folie ou sorcellerie, schyzophrénie ou malédiction… 

Salem, ville tristement connue pour la violence de ses chasses aux sorcières, est au coeur du film. A la fois triste comme un documentaire sur Liverpool, et flippante comme une colline (qui aurait des yeux), ses murs tristes, sa culture kitsch entre humour assumant les sorcières et puritanisme déguisé, plombent l’ambiance grisâtre comme un dimanche matin de Novembre. 

Jusqu’à une apothéose plus saturée qu’un clip de Manson à ses débuts, on alterne des palettes de blanc et noir, de rouge et vert. La photographie est superbe. Une avalanche de symboles chrétiens et païens s’entremêlent à chaque coin d’image, à vous de reconstituer votre collection. Les références pleuvent.

Les acteurs sont justes. Sheri Moon Zombie monte un personnage intéressant de jeune femme un peu paumée, un peu nihiliste, fragile et en proie au doute. On est loin de la cinglée sadique qu’elle a incarné déjà de nombreuses fois. Ses collègues sont sympathiques et bourrus, les vioques de la ville sont parfaites, méchantes et mégères, hypocrites comme votre pire voisine. 

Evidemment, la bande-son est parfaite, lourde et agressive, obsédante comme un mantra.
Rob Zombie sait s’entourer, et John5 prouve avec brio que leur association était destinée au meilleur.

Ce film est sans doute le plus lent et le plus contemplatif des réalisations de Rob Zombie. Ici, il a remisé au placard les codes des slashers rednecks, et semble prendre un réel plaisir à filmer de l’expérimental pur, de l’image pour l’image.
Certains se sentiront sans doute hermétiques à l’esthétisme léché de ce long clip de 103 minutes.
D’autres aimeront ces images puissantes, se griseront de cet univers baroque sous acide.

Conclusion : 8/10

J’ai aimé, mais je ne peux vous donner de raison objective. J’ai aimé les scènes vertes, les scènes rouges, le pull à rayures de Heidi, les paysages trop blancs, la station de radio pourrie, les potes plus vrais que nature. J’ai aimé ce film parce qu’il est rock’n’roll, bien plus que pour son pitch de base, finalement.

Je comprends pourquoi Lords of Salem n’a pas tellement affolé la critique ni le public : 
à déconseiller pour une soirée Halloween, contre toute attente, ce Rob Zombie n’est pas un film « marrant ». 
Je vous encouragerais plutôt à le regarder lumières éteintes, enroulés dans une couverture un soir d’hiver, avec un bon gin.

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