Les parisiens, les moutons, les fans de MacDo, l’enfer, les autres.

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Depuis ce joli mois de mars et le confinement, puis le déconfinement, les inégalités se sont creusées, la colère a couvé, et n’a trouvé à exploser que sur nos cher réseaux si peu sociaux. Chacun a choisi ses ennemis, et bataille ferme, à grand coups de tweets assassins, de memes bien tapés, voire de spam Whatsapp pour répandre la bonne parole à tous ses contacts.

Il y a eu ces salauds de parisiens qui ont foncé se réfugier dans leurs résidences secondaires en province, répandant le virus partout où ils passaient, écrivant ces insupportables journaux de confinement, se vantant chaque jour des progrès de Jeanne-Camomille et Victor-Léon en violon et en anglais, entre deux jeux Montessori et une fournée de cookies à l’épeautre.

Il y a eu ces monstres d’étudiants, d’habitants du 18e, de pauvres, ne respectant pas le confinement, bravant les interdits pour un barbecue sur un balcon ou une machine à coudre chez Lidl. C’était toujours « les autres ». Les vieux accusent les jeunes, les bobos accusent les pauvres, les pauvres accusent les arabes, soyons francs et crus.

Il y a à présent ces abrutis qui font la queue chez Zara, chez MacDo, à la plage. Ces moutons, ces idiots, ces inconscients.

Il y a les pro-chloroquine. Les anti. Les anti-pro.

Et pendant que ça s’embrouille, pendant que des flots de haine sont versés sur qui son voisin, qui son concurrent, Amazon a péniblement accepté de réduire ses cadences, Uber licencie par vidéoconférence et Deliveroo fait livrer à toute heure des glaces à des précieux trop fainéants pour s’imprimer une attestation.

Qui est perdant, dans tout ça ?
L’écologie, assurément.
Toutes les lois en passe d’être appliquées sont piétinées par la nécessité. Le plastique fait un retour fracassant dans tout resto désireux de survivre à la crise. Le « à emporter », le jetable, les masques, les gants, d’autant de déchets inéluctables. Dans la panique, plus personne ne cherche à lutter. Les rues s’émaillent de masques jetable dans les caniveaux. La nature paiera cher ses deux mois de vacances.

Le travail, évidemment.
Deux mois d’angoisse pour le Cac-40, une petite fièvre pour le capitalisme, et c’est la machine entière qui réagit avec zèle. Semaine à 60h pour les uns, suppressions des congés pour les autres : le monde d’après ressemble beaucoup au monde d’avant… 1936.
Les soignants sont applaudis. Mais leur quotidien changera-t-il ? VRAIMENT ? Les privatisations galopantes lancées depuis 30 ans vont-elles réellement stopper ? On a du mal à y croire.

Les familles, sans aucun doute.
Entre un confinement violemment douloureux, pour certains dans des petits appartements, les plaintes se multiplient. Enfants battus. Conjoints frappés. Et un retour à l’école comme des cobayes, jeux interdits, câlins interdits, contacts interdits.

Les artisans. Les artistes. Les indépendants.
On nous a promis que la libre entreprise nous sauverait. Mort au CDI, entreprenez.
Mais face à la crise, les millions sont pour les multinationales.
7 milliards pour Air France sans condition. 1500 euros pour les PME, sous conditions.
Combien ne s’en relèveront plus ?

Deux mois de confinement où certains se sont retrouvés, certains se dont déchirés… et où le monde n’a pas changé. On aurait pu y croire. Comme l’ébauche d’un jour nouveau, très vite enfumée, estompée… Faudrait pas qu’on commence à trop remettre en question l’ordre établi, quand même.

Alors on va continuer à nous marteler d’articles faciles qui nous encouragent à détester notre voisin plutôt que de s’interroger sur les raisons qui font qu’on se sent misérables.
Sans complotisme aucun, force est de le constater : On va reprendre notre quotidien avec seulement au coeur un petit peu plus de peur et un petit peu plus de haine.

On a failli se laisser emporter dans l’amour, la solidarité, mais quelque chose nous a retenu. Il suffirait de si peu, pourtant.

Un commentaire sur “Les parisiens, les moutons, les fans de MacDo, l’enfer, les autres.

  1. Moi aussi, je ne suis plus capable d’entendre dire qu’après ça le monde va changer, qu’on sera plus comme avant, mais moi je pense que les cons vont rester cons, les méchants vont rester méchants, les pollueurs vont rester pollueurs, etc…. J’suis contente de t’avoir lu, ta pensée se rapproche de la mienne face à cet événement.

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