La demi-mesure et le réseau social.

Quand est-ce que la demi-mesure est devenue obsolète, ridicule, inutile ?
Nos réseaux dits sociaux semblent avoir oublié le concept.

Vous me direz attends, c’est quoi cette ambivalence ? Toi qui clames au féminisme énervé, en réclamant le droit à la colère, tu viens à présent nous parler de compromis et de douceur ? Oui.
Explication.

Passons rapidement sur les combats qui ne tolèrent pas le compromis mou, souvent simple synonyme de lâcheté ou d’immobilisme.
Non, on ne souhaite pas « débattre calmement » avec des néo-nazis. On n’est pas intéressés par « écouter le point de vue » des pédophiles fiers.


Ce n’est pas de cela que je veux vous parler, même si vous allez le voir, la boucle se boucle d’elle-même rapidement.

Je vous parle de demi-mesure dans les propos, dans l’analyse. Faire la moitié du chemin pour comprendre l’autre, quand l’autre n’a le tort que de vivre différemment.

Tonton Jean-Mi partage un article anti-Linky ?
Vous sautez sur votre clavier, tel un paladin au service du Duc de Karameikos, pour l’honneur, pour l’Empire, pour le Gondor (oui j’ai pas de respect. Utilise la force, Harry) et vous assassinez l’ignare qu’il est en un pavé bien senti. Vous vous sentez fier : vous accomplissez quelque chose.
S’en suivra un flaming qui vous tiendra éveillé la moitié de la nuit, et où bien sur vous traiterez tout le monde de nazi.

Et on en est tous là. La violence a pris le pas sur le dialogue, et en plus, on aime ça.

Sur nos chers réseaux, combien d’amis « pragmatiques », se réclamant de la science pure et dure et de la zététique, finissent rapidement par appeler à la stérilisation ou à l’internement forcé des fans d’homéopathie ?
Cela me fait chaque fois un pincement au coeur.
Mes parents croyaient à l’homéopathie. Quand j’étais enfant, il m’ont soignée avec les petits granulés. Aurait-on dû m’envoyer à la DDASS ? Ou peut-on considérer qu’ils essayaient simplement de chercher une médecine alternative, un peu inquiets des grands lobbys pharmaceutiques, sans être pour autant, soyons crus, complètement cons ?
Bien sûr qu’ils n’auraient pas essayé de soigner un poignet cassé avec des granulés.
Bien sûr qu’en cas de grosse fièvre ou gros bobo, on aurait foncé aux urgences.
Pourquoi se précipite-t-on immédiatement sur la pire supposition, sur le fantasme des hippies dansant au clair de lune et espérant soigner une fracture ouverte avec de la camomille ?

Ne peut-on pas imaginer, un instant fou, que OUI, on peut lire son horoscope tous les matins en y croyant un peu, et être performant au travail ? OUI, on peut brûler un bâton d’encens pour se sentir bien, penser à se connecter à la nature, et savoir remplir correctement un formulaire des impôts ?

Il semble que tout courant de pensée, tout groupe d’individus, (oserais-je dire toute communauté) se retranche dans la haine la plus aveugle, même pour des broutilles.

La communauté « fan de Kaamelott » contre la communauté « anti-fan-de-Kaamelott ». La communauté « zététique » contre la communauté « anti-big-pharma ». La communauté « parents-qui-lisent (montessori et jouets en bois) » contre la communauté « mamounes-qui-regadent-w9 (prénoms américains et gender reveal parties) ».
Au début, on n’est là que pour revendiquer une opinion, vitale ou non. Liberté d’expression, on est Charlie, merde. On dit ce qu’on veut. Et même on rigole, on a de l’humour.

Un de vos amis childfree s’inscrit sur un de ces groupes « d’humour sans filtre » ? Dans un mois, il vous dira qu’il faut stériliser toute personne qui aime le prénom Jayson. Dans deux mois, il vous dira que de toute façon les pauvres ne devraient pas avoir le droit de procréer. Et il le croira, sincèrement.

Sous couvert d’humour débridé façon 18-25, on vire gentiment (MAIS C POUR RIRE) à la menace, à l’appel au suicide, au viol, au meurtre. On croit être drôle et subversif, quand on est juste violent et bête (et qu’on flirte avec l’illégalité, voire qu’on l’embrasse).

Sous couvert de débat, le but est de ridiculiser l’autre. De l’enfoncer, de le détruire. Juste pour le petit plaisir d’avoir gagné la bagarre, sans chercher une seconde à comprendre les implications futures.

NON, c’est pas marrant, la carte « Biffler Enjoy Phoenix ». NON, c’est pas rigolo, le groupe Facebook « pour l’excision de Cindy Sander ». L’humour sur la torture, le viol, la mutilation, le suicide, il y a quelques virtuoses qui s’y sont essayé, tous pour DENONCER la violence de ce monde, pas pour l’encourager. Et n’est pas Franquin qui veut.

C’est dangereux. Car c’est dans cette haine que se distillent les pires courants de pensée. C’est dans cette rage que les extrêmes plantent gaiement leurs racines. On sait combien les néo-nazis aiment recruter dans les communautés vegan ou sur la protection animale, avec des discours tout pétés mais qui vont résonner chez des personnes sensibles et fragilisées.
Et c’est là qu’intervient la récupération.
« Regarde, tout le monde se moque de toi. Mais nous, on est des gentils et on te respecte. Viens à nous. »

C’est par ce biais que votre ami un peu suspicieux deviendra totalement complotiste. Que votre tatie un peu hippie risque de finir antivax, si ce n’est pas platiste.

Quoi, comment ? J’ai osé dire que c’est de notre faute ? Au bûcher !
Ben si, c’est un peu de notre faute. A force de ne pas lire, de ne pas se renseigner, de plonger la tête la première dans tout « débat » enflammé (comprendre : échange d’insulte entre deux personnes n’ayant absolument aucune envie d’apprendre de l’autre mais simplement de l’anihiler verbalement), à force de ne lire que les titres des articles (ni le corps ni leur source), de juger un groupe pour un mot, une formulation… on cède tous à une forme de rapidité de pensée, de facilité, qui mène souvent à une rage contre-productive, ne menant qu’à nous isoler, nous renfermer.

Nous trouverons bien un petit cercle de gens qui partagent notre philosophie. Alors nous resterons entre nous à nous congratuler mutuellement, en crachant sur ceux qui pensent différemment, et puis un jour on se dira que Jean-Mi qui dit qu’on devrait tous les tuer, au fond, il n’a pas complètement tort.

C’est à ça que nous mènent les réseaux sociaux, quand ils sont utilisés sans recul, sans demi-mesure.
Si chacun prenait cinq minutes pour respirer et regarder le ciel, ou son chat, au lieu de réagir de façon épidermique à tout et n’importe quoi, bien des sujets avanceraient au lieu de cristalliser une haine sans cesse grandissante.

Et comme disait Franquin par la bouche de Gaston : si chaque général sur cette terre avait un chat sur les genoux, on se sentirait vachement mieux.

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