Moment Popcorn – Connectés (2020)

Connectés – 2020

Distribution

Un p’tit film de confinement. Casting réduit, webcams et portables.
Est-ce qu’on va voir un « Unfriended » ou une bonne grosse comédie qui tache ?
Ben en fait, un peu entre les deux.

De mise en contexte, point.
Un peu dommage, car le film sera, du coup, très daté. La pandémie, le confinement, que dalle, on attaque direct sans mise en situation.
Julie et ses potes se connectent pour un apéro virtuel comme c’est la mode. On comprend vite que Julie est fraîchement larguée, abandonnée sans nouvelles de son mec. Les autres, un businessman en télétravail épuisé par ses gosses, une ex-collègue de bureau, une pote coincée aux USA, un couple planqué à la campagne et un musicos raté.
Tout ce petit monde plaisante jusqu’à la connexion surprise du mari fuyard de Julie, invité par un mystérieux numéro inconnu.
Que fait-il là ? Pourquoi ? Comment ? Et surtout, OU est-il ?

Il n’aura pas le temps de s’expliquer puisqu’il se fait braquer dans la foulée par une espèce de hacker en poncho, qui l’assomme et commence à s’amuser des secrets et petites affaires personnelles de chaque invité… Entre panique et révélations, la soirée s’annonce agitée.

Si vous suivez mes aventures, vous savez que je ne suis pas très friande de cinéma français. Mais à force de voir la bande-annonce de « Connectés », j’ai voulu mettre à l’épreuve mes a priori et regarder par moi-même.
Le film, assez descendu sur les sites de critiques, est tout de même sympathique.
Bien rythmé, on a envie d’en savoir plus, on se laisse porter par les personnages. Même si c’est un chouïa téléphoné, qu’on grille qui est le méchant presque tout de suite, on a quand même envie de savoir le pourquoi et le comment, d’avoir tous les petits détails.

Les acteurs ne sont pas formidables, peut-être pas très à l’aise avec le format « solo ».
Mais l’exercice de style reste agréable. « Ca se laisse regarder » est une expression peut-être un peu cruelle, alors que je voudrais au contraire la rendre bienveillante.

J’ai passé contre toute attente un moment sympa, à me demander comment ce mini-thriller allait finir. Entre rire et stress, finalement on regrette presque la fin trop consensuelle, alors qu’un vrai dérapage vers le thriller d’angoisse aurait été une surprise explosive.
Malgré cela, j’ai envie de donner une note encourageante à « Connectés », pour l’originalité du format, la simplicité du projet qui a un côté certes amateur, mais, du coup, rafraîchissant.

Mercredi Popcorn – Lords of Salem


Lords of Salem, 2013.
Un film de Rob Zombie, avec Sheri Moon Zombie dans le rôle principal.
Horreur/fantastique.

Heidi est la dj-star d’une radio metal locale de la célèbre ville de Salem.
Avec ses deux acolytes, elle passe des disques expérimentaux et vit une vie décalée, entre joyeuse picole et promenades avec son chien dans la lumière morne de ce triste bled.

Un jour, elle reçoit le vinyle du mystérieux groupe « Lords of Salem ». Au son de cette étrange litanie, le cauchemar commence. La malédiction vengeresse des sorcières est en marche.

Pour commencer, il faut connaître le cinéma de Rob Zombie.
D’ordinaire trash et jubilatoire, il a revu les classiques « Halloween » en en faisant des remakes honorables et sanglants. Il a réalisé ses propres créations « La maison des 1000 morts » et « The Devil’s Reject », slashers délirants proches de « Massacre à la Tronçonneuse ». Il a créé le dessin animé « El Superbeasto », mettant en scène un Luchador dément. 
Bref, dans ses films précédents, on trouve un cocktail de violence et de second degré qui promettent une grosse marrade, pour peu que l’on soit fan de Tarantino et Rodriguez, ou de toute production mêlant sang et jolies femelles en jeans trop serrés.

Lords Of Salem tranche beaucoup avec ses films précédents.
Plus lent, plus calme, plus profond, ce film s’inscrit plus dans l’angoisse que dans l’horreur.
Bien sûr, les scènes flashback de tortures et de sabbats de sorcières sont crues et brutes, bien sûr, ça saigne et ça agresse visuellement. J’en profite pour noter que ce n’est pas souvent que l’on filme avec une telle crudité le corps des femmes, et cela m’a plu. Oui, ces sorcières sont vieilles et décharnées, et oui, elles sont nues. Beaucoup de spectateurs s’en sont plaints, mais en ce qui me concerne, j’ai apprécié de voir enfin un peu de réalisme, et que les corps ne soient pas doublés. Bah oui, un sabbat de sorcières, c’est pas un défilé Victoria’s Secret, les mecs.

Malgré pas mal de sang (faut pas déconner), je ne retire pas de ce film une impression de violence. L’action principale se base sur la psychologie du personnage de Heidi, qui se sent comme envoûtée par la musique étrange qu’elle entend de plus en plus, même dans sa tête. Folie ou sorcellerie, schyzophrénie ou malédiction… 

Salem, ville tristement connue pour la violence de ses chasses aux sorcières, est au coeur du film. A la fois triste comme un documentaire sur Liverpool, et flippante comme une colline (qui aurait des yeux), ses murs tristes, sa culture kitsch entre humour assumant les sorcières et puritanisme déguisé, plombent l’ambiance grisâtre comme un dimanche matin de Novembre. 

Jusqu’à une apothéose plus saturée qu’un clip de Manson à ses débuts, on alterne des palettes de blanc et noir, de rouge et vert. La photographie est superbe. Une avalanche de symboles chrétiens et païens s’entremêlent à chaque coin d’image, à vous de reconstituer votre collection. Les références pleuvent.

Les acteurs sont justes. Sheri Moon Zombie monte un personnage intéressant de jeune femme un peu paumée, un peu nihiliste, fragile et en proie au doute. On est loin de la cinglée sadique qu’elle a incarné déjà de nombreuses fois. Ses collègues sont sympathiques et bourrus, les vioques de la ville sont parfaites, méchantes et mégères, hypocrites comme votre pire voisine. 

Evidemment, la bande-son est parfaite, lourde et agressive, obsédante comme un mantra.
Rob Zombie sait s’entourer, et John5 prouve avec brio que leur association était destinée au meilleur.

Ce film est sans doute le plus lent et le plus contemplatif des réalisations de Rob Zombie. Ici, il a remisé au placard les codes des slashers rednecks, et semble prendre un réel plaisir à filmer de l’expérimental pur, de l’image pour l’image.
Certains se sentiront sans doute hermétiques à l’esthétisme léché de ce long clip de 103 minutes.
D’autres aimeront ces images puissantes, se griseront de cet univers baroque sous acide.

Conclusion : 8/10

J’ai aimé, mais je ne peux vous donner de raison objective. J’ai aimé les scènes vertes, les scènes rouges, le pull à rayures de Heidi, les paysages trop blancs, la station de radio pourrie, les potes plus vrais que nature. J’ai aimé ce film parce qu’il est rock’n’roll, bien plus que pour son pitch de base, finalement.

Je comprends pourquoi Lords of Salem n’a pas tellement affolé la critique ni le public : 
à déconseiller pour une soirée Halloween, contre toute attente, ce Rob Zombie n’est pas un film « marrant ». 
Je vous encouragerais plutôt à le regarder lumières éteintes, enroulés dans une couverture un soir d’hiver, avec un bon gin.

Mercredi Popcorn – Sharktopus VS Pteracuda (2015)

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Après la découverte de l’ADN d’un ptérodactyle, le Dr Rico Symes combine ce dernier à celui d’un barracuda, créant ainsi un monstre capable de terroriser terre, mer et air. Il perd le contrôle de sa créature et ne trouve qu’une solution ultime : lui opposer le nouveau Sharktopus. Un combat titanesque s’engage.

Pour commencer cette petite chronique, il faut se remettre dans le contexte des films Asylum.
On prend n’importe quel animal dangereux (ou même pas dangereux en fait hein… ). On le rend géant.
Déjà, on a Mega Shark, Giant Octopus, Mega Python, Super Gator, et j’en passe.
Après, il est de bon ton d’hybrider les machins. Votre imagination ne doit pas avoir de limite : Pirhanaconda, Sharktopus, Dino Croc…
Vous pouvez ajouter des outsiders mécaniques (Mecha Shark, si, si) ou simplement totalement improbables (Sand Shark, Snow Shark, Sharknado. Si si. Bis).

Après, vous les mettez dans un petit chapeau, vous en tirez 2 et vous faites les « versus ».
Parfois c’est vraiment un versus, parfois même pas, on n’est pas à ça près.

Vous vous dites, mince, c’est joli tout ça mais on n’a toujours pas de scénario.
Et  bien moi je vous réponds, sans pression : quelle importance ?
Ajoutez vite une multinationale véreuse/un dictateur fou/un scientifique assoiffé de reconnaissance/aucune mention inutile.
Touillez, ajoutez deux-trois hectolitres de faux sang en 3D, et vous gagnez une partie gratuite.

Que dire donc de ce nouvel opus ? Un scientifique assoiffé de reconnaissance se fait hacker par un vilain (ah oui, j’avais oublier les hackeurs à la solde des dictateurs fous, ici, un russe, quelle surprise), ce qui fait que son Pteracuda ne fonctionne plus et décapite dans la joie les touristes idiots de Hawaii. Une gentille biologiste naïve mais résolue (j’avais oublié la caution féminine de ces films : couillue mais jolie, virile mais avec des failles quand même faut pas déconner) essaie d’apprivoiser Sharktopus. Sans trop de succès, du coup, bain de sang. Mince alors.

Un scénario parfaitement bâclé, des personnages caricaturaux et inconsistants au possible, des moments « comiques » superbement inutile : un nanar mené de main de maître, à aucun moment ce n’est original, novateur ou simplement bon.

On notera l’insistance des casteurs de ce genre de bouse à trouver des homonymes inconnus : ici, Robert Carradine.
On a toujours l’impression de trouver le cousin raté de la famille, celui qui ne fait que ce genre de film.

Il m’est toujours difficile de noter ces films, que j’adore honteusement comme un amateur de grands vins siroterait un Panach en cachette.
Mais quand même, qu’est-ce qu’on rigole, et qu’est-ce que c’est bon.

Note finale catégorie Nanar : 6/10Si vous aimez les vraies histoires structurées, les personnages travaillés et intelligents, voire le cinéma en général, vous pouvez passer votre chemin sur l’intégralité de ces franchises.
Si, comme moi, vous aimez les poulpes, le popcorn et les mauvais acteurs, c’est Noël. 

Sharktopus VS Pteracuda n’est pas le plus drôle de la série, mais un bon point pour la continuité dans la nullité.
Avec amour.

Moment Popcorn – Victor Frankenstein (2015)

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Un scientifique fou essaie de créer la vie de façon artificielle à partir de cadavres réanimés par l’électricité, secondé par un assistant bossu, Igor.
Et c’est comme ça depuis le bouquin (1818) et le premier film (1910, quand même…)Ca commence avec un « Vous connaissez l’histoire ». Ah bah oui hein, du coup.
En ce moment, on n’est pas à un remake près. Alors que donne celui-ci ?

La première surprise est le lieu. Frankenstein, comme son nom l’indique ou presque, est Suisse. L’histoire est en général placée dans les montagnes, dans un château flippant de la Forêt Noire (oui bon Suisse, Allemagne, c’est pareil non ? Chez Hollywood en tout cas, pas de problème).

Transférer Frankenstein dans une usine en pleine révolution industrielle Londonienne est un choix audacieux. Un choix esthétique intéressant si je veux être indulgente, un choix à la mode-par ici les pépéttes ! si je veux être dure. Depuis Sherlock Holmes et consorts, le steampunk est à la mode, tout le monde à Londres – et mettez des engrenages, les mecs ! Plein !

Moui bon bref. Frankenstein est jeune, beau (mais ne sent pas le sable chaud, plutôt le cadavre froid) et squatte une usine désaffectée en plein Londres. Un soir, alors qu’il parcourt les bas quartiers pour choper des bouts d’animaux morts, il fait la rencontre fortuite d’un jeune bossu sans nom, génie de la médecine mais souffre-douleur d’un cirque mal famé. Il récupère le sauvageon, bien plus pour profiter de son talent que par bonté d’âme.

Pourchassés par un inspecteur de Scotland Yard illuminé et rageux, ils finissent par faire leur Prométhée au fin fond de l’Ecosse.

Ce film aurait à priori tout pour plaire, mais la sauce manque cruellement de matière, et ne prend pas.

On patauge un peu, on sent la peur du PEGI 12 empêcher farouchement les auteurs de se lâcher. On reste dans un carcan consensuel quand on touche pourtant à l’un des plus gros tabous de l’humanité : réveiller les morts !

James McAvoy est juste dans sa folie enthousiaste. Il entre à la perfection dans son personnage torturé, changeant, obsessionnel. Daniel Radcliffe, en chien fidèle, perdu dans un monde qu’il découvre à peine et dévoré par la peur et la reconnaissance, est également dans les clous. Ils sont irréprochables.

Ca attaque fort, par l’opération à vif du malheureux bossu, on se dit ha ben cool ça va saigner un peu. Puis… non. Le singe Gordon, premier essai raté de Prométhée, n’est pas assez sale, pas assez violent, pas assez flippant. Les rares scènes violentes sont très courtes, on ne peut absolument pas parler ici de film d’horreur, mais simplement de fantastique light.

Certains vides sont insupportables : comment Frankenstein s’est-il procuré les morceaux de Prométhée ? Toute la fabrication du personnage, qui devraient pourtant être au coeur du film, est floutée dans une superbe ellipse temporelle. Pourquoi ? Par peur du gore ? Du malsain ?
Mais purée de purée, quand on fait ce genre de film, on DOIT être gore et malsain. On veut voir ouvrir les tombes à la lanterne, cambrioler les hôpitaux, soudoyer des croque-morts dégueulasses.
C’est l’âme même de ce sujet, on l’attendait le coeur battant, et puis rien…

La fin est une déception.
Prométhée lui-même est un peu trop lisse, trop mou, on le voit 5 minutes et c’est plié.
On élimine tellement vite tous les problèmes, on sent un énorme rush vers le happy end pour qu’on ne puisse surtout pas avoir le temps de se sentir trop mal à l’aise après le massacre complet des figurants et de l’inspecteur susdit. (bien fait pour sa pomme, au passage).

D’ailleurs, ce personnage est pour moi un mystére.
Malgré son potentiel extraordinaire (un fou de Dieu contre les impies ! Une chasse aux sorcières en plein Londres !), il est lui aussi survolé. J’ai eu l’impression qu’il n’existait que pour justifier un contexte : Vous voyez, les enfants, le monsieur il est pas content que Frankenstein veuille réveiller les morts car à l’époque on rigolait pas avec ça, ni avec Dieu, m’voyez.

Alors que je m’attendais à une réelle montée en puissance de sa folie furieuse et à une confrontation finale ultraviolente et mystique, je suis encore une fois restée sur ma faim.

Vous allez encore me dire que je dis ça à toutes mes chroniques, mais merde, il s’en est fallu de peu pour qu’on ait vraiment un beau film… Un cas typique des années 2000 : à vouloir plaire à tout le monde on finit par faire du fadasse. Quel dommage, mais quel dommage !

Note finale : 5/10

Une jolie brochette d’acteur connus et talentueux, des décors chiadés, des méchants chic et choc, que fallait-il de plus pour faire de ce Frankenstein un charmant renouveau du classique ?
Un peu d’audace, peut-être…
D’une histoire qui devrait faire frissonner jusqu’au fond de votre âme, Paul McGuigan signe un film sympa, mais sans surprise.

Moment Popcorn – Constantine (Série, 2014)

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Constantine est une série télévisée américaine en treize épisodes de 42 minutes développée par Daniel Cerone et David S. Wikipédia

Premier épisode : 24 octobre 2014
Épisode final : 13 février 2015
Nombre de saisons : 1
Chaîne d’origine : National Broadcasting Company
Nombre D’épisodes : 13

John Constantine est exorciste et expert en magie Noire.
Originaire de Liverpool, accent marqué, cigarette au bec, il parcourt le monde (enfin, les USA) à chaque manifestation de démons et phénomènes paranormaux.  Désinvolte, alcoolique et séducteur, il cache sous son cynisme permantent un sens du devoir sans faille. Malgré les fréquentes visites d’un ange mandaté pour le soutenir dans sa mission contre le Mal, Constantine utilise en général des méthodes peu orthodoxes, de la magie noire aux patates dans la tronche.

Hanté par un exorcisme raté qui a coûté la vie à la fille d’un de ses amis, la petite Astra, et persuadé d’être voué à l’enfer, John n’a pas de limite dans son combat contre les forces obscures.

Il patrouille en général avec l’aide de Chas, son ami/homme à tout faire, un immortel à temps partiel, et Zed, une artiste voyante qui découvre à peine comment utiliser son pouvoir. Chas, sorte de Kenny, respawn par magie chaque fois qu’il meurt, sans vraiment comprendre comment ni pourquoi. Cette particularité s’ajoute à sa force de bûcheron canadien, ce qui en fait un partenaire bien utile. Zed, pleine de capacités mais perdue dans ce monde qu’elle commence tout juste à effleurer, se révèle petit à petit.

Ils croisent la route de nombreux démons, sorciers, nécromanciens, et celle d’un baron du vaudou, Papa Midnite, qui n’a de cesse de vouloir massacrer Constantine…

La série propose 13 épisodes sans conclusion, car la production a été arrêtée en cours de réalisation. Comme trop souvent, une décision budgétaire.

Une vraie déception pour les fans du personnage de DC dont cette interprétation sympathique, drôle et dark à la fois, rappelait les meilleures heures de Supernatural.
Charisme, humour, tout était pourtant réuni pour faire de Constantine une série à succès… on regrette que les prod se laissent si peu de marge de manoeuvre, pendues aux audiences de chaque épisode.

Cette review est donc minimale, mais une seule chose à dire : regardez ces 13  épisodes, et découvrez un héros qui aurait mérité tellement plus.
Ne serait-ce que pour le plaisir d’entendre John appeler tout le monde « Love » avec son accent du Nord presque Gallois.

Gros coup de cœur , et du coup, gros coup de blues face aux lois implacables du Saint Pognon 😦

Moment Popcorn – Only Lovers Left Alive (2014)

Eve vit à Tanger, dans les petites rues de la vieille ville. Elle accumule les livres en toutes langues, s’habille de blanc, et cultive un style 70’s suranné. Elle semble évoluer dans une ambiance lourde d’encens, de patchouli et de philosophie hippie. Elle danse au ralenti dans sa chambre à baldaquin, entre voilages et tapisseries.

Adam vit à Detroit, dans un manoir abandonné. Il y stocke des monceaux d’instruments de musique de toutes époques, compose un rock psychédélique et cultive sa dépression d’artiste maudit. Il traîne en peignoir de velours, ne trouvant un plaisir éphémère qu’à l’achat de chaque nouvelle guitare de luxe. Blasé par la vanité humaine, Adam rêve parfois de mourir.

Tous deux vivent dans le noir, rideaux fermés. Adam et Eve sont des vampires.
Elle se procure du sang en douce dans un bar du souk, il soudoie le personnel hospitalier.
Ils s’aiment à distance, et vivent une vie trop longue et trop lente, depuis tant de siècles.

Quand ils se retrouvent enfin, Eve craignant les pulsions suicidaires d’Adam, ils vivent un court moment d’harmonie parfaite avant d’avoir à gérer l’impulsive et puérile soeur d’Eve, Ava.

Only Lovers Left Alive est un film lent et lourd. 123 minutes d’images sombres, peu de dialogue et peu d’action. Les fans de Blade et de Underworld risquent d’être perturbés par ce film d’esthètes, délicat et dépressif comme une vie de 500 ans.

Soyons clairs : c’est un film où il ne se passe rien.

On suit deux chemins croisés, entrelacés amoureusement, avec anxiété, profondeur, humour même, on laisse le son des guitares s’enrouler autour d’une photographie parfaite, on est subjugué par l’intensité et la bizarrerie naturelle de Tilda Swinton et la fragilité à fleur de peau de Tom Hiddleston.
On se laisse toucher par la vision désespérée de ces surhumains, voyant les crises et les guerres détruire petit à petit l’oeuvre humaine, voyant au cours des siècles de grands scientifiques décriés, oubliés, assistant impuissants à la décadence infinie des sociétés successives.
Tanger sombre et riche, Detroit dévasté et squelettique, les villes collent à la peau des personnages.

La musique, pesante et complexe, alanguit encore l’image poudrée, alourdie comme une fumerie d’opium. Une excellente bande-son signée du groupe Sqürl et du luthiste hollandais Jozef Van Wissem.

Ce film montre lce que serait la « réalité » des vampires sans doute bien plus que les films d’action du genre. En effet, quel plaisir aurait-on à vivre éternellement ? Là où Eve en profite pour toujours lire, se délecter de poésie ou de romans, Adam se désespère d’une humanité si cruelle qu’elle est capable de détruire un homme avant de l’encenser pendant des siècles. La scène où il montre l’Opéra de Detroit, ravagé par les années, et transformé en parking, est poignante.

Note finale : 10/10
Un film magnifique, très riche de sens si l’on arrive à passer outre le rythme extrêmement lent.
Je le comparerais à « Lords of Salem » de Rob Zombie, pour l’ambiance poussiéreuse d’un dimanche de Novembre et pour la bande-son décalée, obsessionnelle et perturbante.

Un film-ovni que tout amoureux des vampires se doit de voir, avec un bon cigare et un verre de whisky hors d’âge.

Moment Popcorn – Joker (2019)

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Joker – 2019

Film de Todd Phillips
Avec Joaquin Phenix, Robert de Niro, Zazie Beets, Frances Conroy.

Attention, comme à chacun de mes chroniques, il est possible que la lecture spoil l’intrigue.

Arthur Fleck est clown de rue.
Malingre, étrange et maladif, il souffre d’un problème neurologique provoquant chez lui un rire aussi douloureux qu’irrépressible en situation de stress.

Il vit avec sa mère, qu’il s’efforce d’entretenir, dans un bloc d’un quartier mal famé de Gotham City. Souvent, pour s’échapper de son quotidien peu reluisant, il regarde un talk-show comique auquel il rêve de participer, si un jour il arrive à percer dans le stand-up.

Il enchaîne les petites piges minables, subit les brimades de patrons peu recommandables, de collègues balourds et de passants agressifs.
Arthur a une vie de merde mais s’accroche à ses rêves de succès.

Il déteste particulièrement Thomas Wayne, qui brigue la mairie de Gotham. Alors que sa mère avait jadis travaillé au service des Wayne, et leur écrit très régulièrement en espérant un peu d’aide, la riche famille semble les ignorer. Arthur rage, parfois, de voir les puissants de ce monde mépriser les petites gens.
Arthur est une victime d’une société déshumanisée, sans merci, où les pauvres, les malades, les handicapés n’ont aucun recours.

Agressions après agressions, violences après violences, Arthur sent sa vie basculer. Même la présence rassurante de sa voisine, seule à lui montrer un peu de sympathie, ne suffit plus à calmer sa colère contre l’injustice, l’inégalité.

Un jour, en ouvrant une lettre de sa mère à Thomas Wayne, il y apprend que ce dernier serait son père. C’est un choc de trop. Il décide de confronter l’homme face à face…

“Joker” a été sans nul doute un des films-phare de 2019.
La critique, le public, la presse et les amateurs ont été unanimes : quelle réussite !
Alors que le DCU s’était embourbé dans des films poussifs voire ratés, que “Justice Leage” était retombé comme un soufflé mal cuit, qu’on annonçait la fin d’un univers au cinéma… quelle surprise ! Quelle audace !
Tout le monde a salué d’une même voix le film, sa photographie, ses acteurs.

Je crains de ne pouvoir déroger à la règle.

Alors que DC nous a malheureusement habitués à des films lourdingues, clichés, plutôt kitsch et assez mal ficelés, ce Joker très sérieux sur fond de misère sociale mérite vraiment qu’on s’y attarde.

Une photographie en effet impeccable, des lumières tamisées, une image patinée comme un film des années 70, des ambiances oranges, rouges, vertes… des contrastes tranchés et malaisants. Des contre-plongées. Le fameux escalier et ses diverses scènes ascendantes, desscendantes, comme le mental d’un Arthur plus paumé à chaque scène.

Un jeu d’acteur impeccable.
Ma génération a découvert Joaquin Phenix dans Gladiator, avec le rôle de Commode, empereur cinglé, colérique et sadique : déjà à l’époque, un très beau potentiel pour les rôles de psychopathe.
Vingt ans plus tard, le voici, terriblement amaigri, incarnant à la perfection ce personnage à la fois d’une fragilité complexe et d’une assurance de danseur étoile, tour à tour révolté, brisé, fier et résolu. Une performance irréprochable, et ce malgré une barre mise très haut par le regretté Heath Ledger.

Un scénario réussi, également, et cela constitue un véritable défi face aux fans de la première heure.
L’essence du personnage du Joker, c’est le mystère.
On ne sait RIEN de lui ni de son passé (ce qui permet aux divers scénaristes de comics de proposer de nombreuses pistes, mais jamais trop poussées. Le mystère, on vous dit !).
Alors, proposer une génèse, c’était plus que risqué.

C’est là où le film est malin.
D’abord, en entraînant le spectateur sur une fausse piste (Kouaaa ? Le Joker, frère ou demi-frère de Batman ? NAAAAN !!! ), il prend le risque de courroucer le vrai puriste.
Mais avec la révélation brutale de la vérité (Arthur a été adopté par une femme instable qui a inventé sa filiation avec les Wayne, et le battait tellement que c’est elle qui a provoqué ses symptômes), il remet les compteurs à zéro, et parvient avec brio à nous offrir une génèse qui n’en est pas une : Arthur Fleck est un nom d’adoption, nous ne saurons donc rien des véritables origines du personnage ni de sa généalogie. On amorce une explication de sa pathologie avec une enfance horrible, mais on lui retire tout espoir de savoir d’où il vient tout en nous rassurant : le Joker restera un mystère, même pour lui-même.
Brillant et terriblement efficace.

Bref, il est difficile de trouver à redire sur cet opus sombre, qui redonne (enfin?) à l’univers DC un peu de la profondeur que nombre des précédents films lui ont fait perdre.
Plus proche d’un vrai film de genre que d’une aventure de super-héros, ce Joker prend de l’ampleur, se détache de l’univers comics pour devenir une oeuvre qui se suffit à elle-même.